Un nom Marvel sur une plante

Alocasia ‘Venom’ est une mutation d’Alocasia ‘Amazonica’ découverte par Mason Lee, de Mason Plants en Corée du Sud, vers 2019, avec une commercialisation débutant vers 2022. Il lui a donné ce nom parce que la forme des feuilles lui rappelait le personnage Venom de l’univers Marvel. aroidpedia

L’anecdote est amusante, mais elle cache une question plus intéressante : de quoi ‘Venom’ est-il la mutation, et d’où sort ce « parent » ?

‘Amazonica’, un hybride sans nom valide

‘Amazonica’ est issu du croisement entre Alocasia sanderiana et Alocasia longiloba ‘Watsoniana’. Son nom d’origine, Alocasia × amazonica, n’a jamais été validement publié, et l’hybride est d’origine horticole. Le registre du ministère américain de l’agriculture (USDA) l’indique aussi : son nom y figure comme invalide, et il y est précisé qu’il semble n’avoir jamais été publié valablement pour cet hybride. La Royal Horticultural Society, elle, le liste toujours sous ce nom, avec un statut jugé correct. Les références ne sont donc pas d’accord entre elles. ALOCASIA ‘AMAZONICA’ +2

Son origine exacte reste débattue. Un spécialiste, Hay, pense que l’hybride pourrait remonter à l’horticulture européenne du XIXᵉ siècle, avant d’être recréé en Floride dans les années 1950. Le nom viendrait de la pépinière floridienne de Salvadore Mauro, l’Amazon Nursery. Un cousin ancien existe d’ailleurs : ‘Mortefontanensis’, publié par André en 1891, issu d’un croisement des frères Chantrier à Mortefontaine. aroidpediaaroidpedia

La culture in vitro, machine à mutations

Le point commun de la plupart des « cousins » est la culture in vitro. Quand on multiplie une plante par millions de clones en laboratoire, des mutations apparaissent de temps en temps, et les pépiniéristes les repèrent et les sélectionnent.

C’est le cas de ‘Polly’. Bill Rotolante l’a découverte parmi des plants de ‘Amazonica’ issus de culture in vitro, vers le début des années 2000 selon Aroidpedia. Son nom viendrait de « polyploïde ». Un détail brouille toutefois cette date : dès 1998, un message sur la liste de diffusion de l’International Aroid Society rapportait que ‘Polly’ existait bel et bien et qu’elle était une mutation somaclonale née en culture in vitro. L’« early 2000s » est donc une approximation, et la plante est peut-être plus ancienne. aroidpediaaroid

Une lignée de mutations de mutations

Voici ce que disent les sources spécialisées :

  • ‘Polly’ : mutation de ‘Amazonica’.

  • ‘Mandalay’ : apparue comme mutation de ‘Polly’ dans une livraison de ‘Polly’, et d’abord multipliée en culture in vitro à Apopka, en Floride. Elle a été découverte par Ned et Kim Bradford, de Bradford Botanicals, et brevetée en février 2015 (USPP 25310P3). googlearoidpedia

  • ‘Loco’ : probablement une mutation de ‘Mandalay’, introduite par Deroose Plants en 2010, puis presque disparue du marché en 2019. aroidpedia

  • ‘Purpley’ : mutant de ‘Amazonica’ trouvé par Bill Rotolante vers 2020 ; son nom vient d’une teinte pourpre visible sous certains angles. aroidpedia

  • ‘Balloon Heart’ : origine inconnue, probablement un laboratoire coréen de culture in vitro, sur le marché dès octobre 2021. aroidpedia

  • ‘Venom’ : mutation de ‘Amazonica’, comme ‘Polly’ et ‘Purpley’, et non de ‘Polly’.

Une incohérence saute aux yeux : ‘Loco’ est présentée comme introduite en 2010 et probablement issue de ‘Mandalay’, alors que le brevet de ‘Mandalay’ date de 2015. Soit la généalogie de ‘Loco’ est approximative, soit ‘Mandalay’ existait avant son brevet. Les sources ne tranchent pas.

Pourquoi c’est utile quand on achète

Cette généalogie explique pourquoi l’identification est si difficile. Ces plantes partagent les mêmes parents, et des mutations successives produisent des feuilles proches. Même ‘Polly’ et ‘Amazonica’ sont souvent confondues par les vendeurs : ‘Polly’ a des nervures plus marquées, un feuillage plus épais et plus ovale, alors que ‘Amazonica’ a des feuilles en V. aroidpedia

Les descriptions de ‘Venom’ varient aussi selon les vendeurs. Certains décrivent des nervures argentées sur un fond vert foncé presque noir, avec des bords ondulés et dentelés. D’autres parlent d’un feuillage vert argenté pâle, avec une pointe de feuille enroulée comme une queue. Sur un jeune plant, seule l’étiquette du producteur offre une vraie garantie. ormbunkerjomostudio

Et pour la culture ?

Pas de guide spécifique à ‘Venom’ dans les sources que j’ai trouvées, donc je m’appuie sur les recommandations générales de la RHS pour les alocasias. Elle recommande une lumière vive mais indirecte, des températures de 16 à 30 °C et un air humide du printemps à l’automne, avec un hiver plus frais et plus sec. Elle met aussi en garde contre l’air sec, qui brunit les bords des feuilles et attire les araignées rouges, contre l’excès d’eau en hiver qui fait pourrir les racines, et contre les courants d’air froid. La fiche détaillée suivra dans un autre article. rhsrhs

Ce qu’on ne sait pas encore

  • La date précise de la découverte de ‘Venom’ : les sources disent « vers 2019 ».

  • Je n’ai trouvé aucun enregistrement officiel du cultivar.

  • L’ordre exact des mutations dans la famille ‘Amazonica’.

  • Les besoins de culture propres à ‘Venom’, non documentés par des sources botaniques.

Sources principales : Aroidpedia, USDA GRIN, RHS, archives de l’IAS, brevet USPP25310P3.